Licence Creative Commons Faire le bien et garder sa place : les paradoxes de la philanthropie familiale

22 juin 2026
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Faire le bien et garder sa place : les paradoxes de la philanthropie familiale

Entretien avec Anne Bory, sociologue au Clersé au sein de l’Université de Lille, et spécialiste de la sociologie du travail, des classes populaires et des élites économiques, de la sociologie des mondes associatifs et des mobilisations collectives.

Dans son travail de recherche, elle s’intéresse en particulier à la philanthropie et au mécénat. Sa dernière enquête est au cœur de son mémoire original d’HDR (habilitation à diriger des recherches) intitulé « Investir dans le ‘Bien’ : Le travail philanthropique au service de la reproduction sociale » et soutenu le 10 mars 2025 à l’Université de Lille.

Après avoir étudié, au sein du Collectif Rosa Bonheur, le travail de subsistance des classes populaires (co-coordination du projet ANR PORQUE 2013-2026), ses travaux de recherche analysent les pratiques philanthropiques des classes supérieures. Ces deux univers en apparence opposés sont liés par des rapports sociaux, économiques et symboliques et leur étude conjointe permet de saisir les mécanismes de reproduction du capitalisme.

Dans ce nouvel épisode du podcast FRESQUES du Clersé, Anne Bory aborde en sociologue la philanthropie familiale, ses finalités, son fonctionnement et ses acteurs.

Dans un premier temps, Anne Bory définit ce qu’est la philanthropie et après un petit détour historique revient sur la différence entre philanthropie et mécénat. Elle revient sur l’intérêt pour la sociologie d’étudier la philanthropie, qui apparaît alors comme un baromètre des inégalités sociales et des rapports de domination. La philanthropie s’exprime souvent au sein de fondations qui s’engagent dans des domaines d’intérêt général. Dans ses enquêtes récentes, Anne Bory s’est plus particulièrement focalisée sur la philanthropie familiale œuvrant au bénéfice des plus démunis et des populations vulnérables.

Anne Bory aborde sa façon d’enquêter comme sociologue auprès de philanthropes. Ses enquêtes sont menées en partie dans les « grandes familles » du Nord de France. Elle montre que la philanthropie peut être analysée comme un travail qui mobilise une variété d’acteurs. C’est un travail de reproduction de classe, avec ses codes, un travail hiérarchisé avec des tâches bien définies, du philanthrope à une série de professionnel.les, allant jusqu’aux associations qui reçoivent les dons et qui peuvent mobiliser des bénévoles.

La philanthropie familiale, pour quoi faire ? servir la transmission d’héritage, avoir des avantages fiscaux, mais pas que, c’est aussi une volonté d’œuvrer pour le bien avec la clairvoyance d’être privilégié, une sorte de devoir moral envers la société mais aussi une façon d’y garder sa position sociale et dominante. Nait-on philanthrope ou le devient-on ? La philanthropie transforme-t-elle la société ou reflète-elle avant tout les rapports sociaux qui la structurent ? Que nous apprend la philanthropie sur les inégalités sociales ?

Avant de conclure Anne Bory nous livre dans cet épisode les principaux résultats de ses recherches sociologiques sur la philanthropie familiale. Elle présente aussi le programme thématique Philanthropie et sciences sociales (PSSP) et ses finalités, programme qu’elle coordonne depuis janvier 2025, soutenu par la Fondation de France et l’Institut sciences humaines et sociales du CNRS.

Pour finir, la sociologue dévoile ce qui la passionne dans ses recherches en sociologie.

Avec cet épisode on comprend que la philanthropie révèle la manière dont une société organise la solidarité, transmet ses valeurs et perpétue ses rapports de pouvoir. Au-delà du don, c’est une organisation, un travail collectif, un vecteur de transmission familiale, et aussi un révélateur des rapports sociaux, des inégalités et des mécanismes de reproduction des élites.

Mots clefs :  philanthropie - sociologie - élites - travail - reproduction sociale - populations vulnérables

Référence principale : 

  • Anne Bory, « Le monde social comme monde du travail : une sociologie des alentours du travail salarié », mémoire d’Habilitation à diriger des recherches (HDR), et plus particulièrement le volume 2  qui est le mémoire original intitulé « Investir dans le ‘Bien’ : Le travail philanthropique au service de la reproduction sociale »  (https://clerse.univ-lille.fr/detail-event/soutenance-de-hdr-en-sociologie-danne-bory ) (HDR soutenue le 10 mars 2025 à l’Université de Lille) 

Autres références :

Liens :

  • Résumé vers le programme « PSSP - Philanthropy and Social Sciences Program (Programme Philanthropie et sciences sociales) » : Convention de mécénat Fondation de France – Université de Lille, et soutien de l’INSHS (CNRS) au titre du RT PSSP (réseau thématique). Coordination : Anne Bory : https://clerse.univ-lille.fr/detail-actu/pssp
  • Résumé vers « PP - Politiques philanthropiques : une ethnographie localisée de la philanthropie en France et en Espagne » : Projet IUF Junior (Institut Universitaire de France) coordonné par Anne Bory (2018-2023) https://clerse.univ-lille.fr/detail-actu/iuf-pp

Concept et réalisation du podcast "FRESQUES - Les RDV socio-éco du Clersé" : Marie-Pierre Coquard, chargée de la valorisation des activités de recherche au Clersé UMR 8019 (Entretien réalisé le 21 mai 2026)

Sources du montage audio : bruitages (issus de La Sonothèque de Joseph Sardin, Titres : Battements de cœur #4; musique (Titre :  The Success - Auteur: Keys of Moon - Source: https://soundcloud.com/keysofmoon; Licence (CC-BY) : https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr - Téléchargement: https://www.auboutdufil.com/index.php?id=523)

Mots clés : elites philanthropie populations vulnerables reproduction sociale sociologie travail

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