Licence Creative Commons 30-"Entre prédation et désir : l’anthropologie du luxe ", un entretien avec Giulia Mensitieri

15 septembre 2026
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" Entre prédation et désir : l’anthropologie du luxe "

Entretien avec Giulia Mensitieri, anthropologue au CNRS au sein du Clersé à l’Université de Lille. Elle est spécialiste de l’anthropologique économique. Dans son travail de recherche, elle s’intéresse aux circulations globales, aux formes de prédation dans le capitalisme contemporain, à la valeur produite par le travail gratuit et invisible, notamment des femmes, au pouvoir politique et économique des imaginaires. Cela l’a conduit à analyser les formes d’exploitations et d’appropriation de la valeur dans les industries du luxe et le pouvoir des imaginaires dans les hautes sphères du capitalisme. En particulier ses recherches et ses terrains se polarisent sur l’industrie de la mode, notamment sur le mannequinat, les influenceuses et autres acteurs de ce secteur. Elle est l’auteure notamment de l’ouvrage Le Plus Beau Métier du Monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode, paru aux éditions La Découverte en 2018 et traduit en anglais, allemand et russe. Cet ouvrage a été adapté récemment en roman graphique co-produit avec l’illustrateur Dani Collaterale aux Editions La Découverte/Delcourt « La mode. Le plus beau métier du monde » (octobre 2026).

Dans ce nouvel épisode du podcast FRESQUES du Clersé, Giulia Mensitieri avec son regard d’anthropologue, nous emmène sur ses terrains et partage ses recherches sur les coulisses de l’industrie de la mode de luxe, avec ses acteurs et leurs conditions de travail, sans oublier les consommateurs. L’anthropologue nous offre une analyse décoiffante entre l’esthétique glamour que renvoie cette industrie et les réalités économiques et sociales de ceux qui y travaillent.

Avant d’aborder le secteur de la mode de luxe, Giulia Mensitieri revient sur qu’est l’anthropologie économique. A travers cet épisode, et son travail d’anthropologue, elle nous amène à comprendre que l’industrie du luxe est le reflet du capitalisme contemporain et constitue un lieu d’accumulation et de consommation à l’échelle mondiale au bénéfice aussi de quelques-uns.

Selon Giulia Mensitieri, la mode et le luxe sont un condensé du capitalisme, où l’exploitation et le désir sont omniprésents, où les images à travers la publicité et les médias construisent des imaginaires désirables et des normes qui déterminent comment consommer, habiter, s’habiller, se distinguer … Le moteur du capitalisme étant la consommation, l’industrie du luxe y contribue, car elle crée le désir des marchandises par la publicité mais aussi expose à tous ce que serait une vie à succès, un univers désirable. Elle produit du rêve.

Tout un ensemble d’acteurs contribue à cette industrie, des photographes, des couturières, des maquilleuses, des mannequins pour n’en citer que quelques-uns. Ce que l’on sait moins, c’est que cette industrie génère aussi des formes d’exploitation diverses qui s’articulent les unes aux autres. La précarité des uns construit la richesse des autres. Dans cet univers qui produit beaucoup d’argent, plusieurs milliards par an, il existe des formes d’exploitation de travail gratuit ou encore la formation de dettes. Comme l’anthropologue nous l’explique à travers des exemples, la valeur ici c’est le prestige social, la chance d’être là et c’est pour cela que certains travailleurs décident d’y rester malgré leur précarité. C’est ainsi que la mode de luxe contribue à un mécanisme où le travail n’est pas forcément payé par un salaire, où l’on s’endette par exemple pour produire des images, et participer à des défilés, où l’on travaille pour avoir l’espoir d’être payé un jour, et où ce qui compte parfois c’est aussi plus être vu qu’être payé pour peut-être un jour être reconnu et émerger. Il y a un décalage fort entre prestige et précarité. Mais travailler gratuitement, il faut pouvoir le faire et à travers la démonstration de Giulia Mensitieri on comprend que la valeur se construit souvent avec ceux qui ont le capital culturel et symbolique. Elle éclaire d’ailleurs dans cet épisode sur ces deux concepts, et sur les mécanismes sociaux de création de valeur et on y retrouve là un enjeu de classes dominantes dans l’émergence de la réussite. Les classes dominantes déterminent la valeur des choses et des personnes. Un même vêtement ou objet porté par des classes sociales différentes, ou selon son étiquette de marque n’aura pas le même impact, valeur et le même imaginaire sur les uns ou sur les autres. On peut ici faire la connexion avec les épisode de FRESQUES  « De mains en mains : la valeur des choses » (N°19) et « La valeur du footballeur. Une construction sociale ?» (N°1).

Avec l’anthropologie économique, l’objectif n’est pas de dénoncer cette industrie mais de montrer comment le capitalisme fonctionne. L’éclairage de Giulia Mensitieri, dans cet épisode de FRESQUES nous fait comprendre simplement que l’industrie de la mode et du luxe est en soi un bel objet d’étude pour cette discipline. Son analyse par l’anthropologie économique révèle les mécanismes des hiérarchies sociales et du capitalisme contemporain dans la globalisation.

Pour en savoir + écoutez cet épisode.

Mots clefs :  anthropologie économique – industrie de la mode et du luxe – travail – exploitation - prédation

Références principales : 

Autres références :

Presse - Liens utiles :

Concept et réalisation du podcast "FRESQUES - Les RDV socio-éco du Clersé" : Marie-Pierre Coquard, chargée de la valorisation des activités de recherche au Clersé UMR 8019 (Entretien réalisé le 3 septembre 2026)

Sources du montage audio : bruitages (issus de La Sonothèque de Joseph Sardin, Titres : Tissu déchiré et Machine à coudre, vitesse lente  ; musique (Titre :  The Success - Auteur: Keys of Moon - Source: https://soundcloud.com/keysofmoon; Licence (CC-BY) : https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr - Téléchargement: https://www.auboutdufil.com/index.php?id=523)

Mots clés : anthropologie economique exploitation industrie de la mode et du luxe predation travail

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